Grand beau temps ce matin. Après avoir tracé tous les couloirs du Cerro Fociles hier, La face d’Entre Rios nous apparaît gavée de poudre qui nous appelle pour un run d’anthologie. En une fraction de seconde la question de la montée ne se pose plus, nous voilà partie. Il devrait nous falloir environ 2h30 pour atteindre le sommet.
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Dès l’approche la quantité de neige profonde nous ralenti. Il nous faut une heure pour rejoindre la base. Une montée difficile par la voie directe s’annonce. La pente à gravir apparaît comme une échelle. L’ouvreur s’enfonce jusqu’au bassin et parfois jusqu’aux épaules. Il devient impossible de nous tenir debout. Nous voilà à quatre pattes, les mains en appuis sur les bâtons pour gravir les 900m de dénivelé qui nous monterons à près de 4000m. La montée s’annonce quasi impossible. Parfois privé d’appuis nous perdons de l’altitude. Nous formons une chaine qui permet de nous relayer dans le rôle d’ouvreur. Un seul espoir consiste à rejoindre la ligne de crête soufflée par le vent. La neige devrait y être dense par l’effet du vent et porter.
Après 2 heures et demi de monté nous y voilà. L’espoir s’estompe : la neige ne porte pas. Instantanément, nous comprenons que nous devrons monter à quatre pattes jusqu’au sommet ou renoncer. Le moral s’effondre. Nous nous alignons sur la ligne de crête pour boire et manger quelques barres de céréales ou carrés de chocolat. Nous décidons de reprendre notre ascension rapidement. Le vent glacial d’altitude nous gèle maintenant les gants. Les doigts se durcissent. Il nous faut lutter contre le froid au risque de gelures. Par d’innombrables mouvements des mains et en recroquevillant les doigts entre eux nous tentons de contrer le gel qui nous gagne. Le moral baisse encore, nous sommes prêts à renoncer, le sommet semble s’éloigner.
Mais notre technique nous permet enfin de nous réchauffer les doigts. Je comprends alors que nous pourrons atteindre le sommet physiquement. Il s’agit maintenant d’une lutte contre nous même : c’est tout dans la tête et c’est notre psychologie qui sera déterminante. Je fais part de cela au reste du groupe au bord de l’anéantissement moral et 5 heures après notre départ nous atteignons enfin le sommet.

Nous y voilà enfin, posés sur un nid d’aigle qui nous offre une vue panoramique sur 360° dominant toute cette partie de la cordillère des Andes. L’émotion est vive, les larmes viennent aux yeux de certains.
Que dire alors de la descente. Notre vision était juste, la pente est gavée d’une poudreuse légère, froide, régulière et rapide. Les courbes se conduisent sans aucune contrainte, juste un pilotage en douceur, c’est de la glisse intégrale, la gravité n’existe plus, les skis ont déjaugé et semblent voler au dessus de la neige. La vitesse du glissement de la poudreuse sous les skis est le seul bruit perceptible : le bonheur intégral. Merci Entre Rios

Riders : Bertrand, Eric, Julien, Pat Récit : Pat